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Rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique 2026
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Sous la direction de
June 10, 2026

Bientôt disponible en vente.

 

Le rapport annuel sur la géopolitique de l’Afrique est cette année à sa dixième édition, cela fait donc dix ans que le Policy Center for the New South consacre à l’Afrique une tribune par laquelle les africains tentent de récupérer le narratif sur leur continent. 

Ce chiffre 10 n'est pas anodin : il marque la maturité d'un projet éditorial fondé sur une conviction simple mais exigeante : l'Afrique doit se penser elle-même, depuis elle-même, avec les instruments analytiques que ses propres enfants forgent au contact du réel. 

Ce dixième volume, réunissant vingt-sept contributions issues de seize nationalités africaines différentes, est la démonstration vivante que cette conviction n'était pas un vœu pieux.

L'Afrique de 2026 n'est plus celle de 2017. La décennie écoulée a vu s'accélérer des dynamiques que les premières éditions de cet ouvrage n'avaient fait qu'anticiper : la recomposition des rapports de puissance à l'échelle mondiale, la multiplication des foyers de conflictualité interne, l'irruption des technologies dans les espaces de guerre et de gouvernance, la contestation ouverte des architectures de sécurité héritées de la période post-coloniale. Le continent ne se pense plus comme un simple théâtre des rivalités extérieures, il part à la recherche de sa place d’acteur à part entière dans la reconfiguration de l'ordre international, revendiquant sa souveraineté stratégique avec une intensité nouvelle.

Cette édition s'organise autour de quatre lignes de force qui traversent, chacune à sa manière, l'ensemble des contributions rassemblées ici : 

La première est celle des rivalités de puissance et de leur impact sur les marges de manœuvre africaines. De la nouvelle ruée vers l'Afrique australe à la recomposition des relations entre l'Union européenne et l'Union africaine, en passant par la montée en puissance des acteurs non-occidentaux, les auteurs examinent avec rigueur les conditions dans lesquelles les États africains tentent d'équilibrer souveraineté et survie face aux pressions croisées des grandes puissances. L'enjeu des infrastructures critiques et de l'intelligence artificielle, analysé dans l'une des contributions les plus prospectives de ce volume, illustre avec acuité la profondeur de cette dépendance structurelle et les voies possibles d'une souveraineté exécutable à l'horizon 2036.

La deuxième ligne de force est celle des guerres et des conflictualités à l'ère des nouvelles technologies. Le Sahel, le Soudan, la région des Grands Lacs, le Bénin, autant de terrains où se jouent, dans leurs formes les plus concrètes, les transformations doctrinales et opérationnelles induites par la ‘’dronisation’’, les cybermenaces et la numérisation des affrontements. Les contributions réunies dans cette partie ne se contentent pas de cartographier ces mutations : elles les inscrivent dans des dynamiques politiques et sociales plus profondes, rappelant que la technologie ne produit jamais, seule, les conflits, mais qu'elle en reconfigure les équilibres, les temporalités et les seuils de violence. La question des racines structurelles de l'instabilité, au Soudan comme ailleurs, est traitée avec la profondeur qu'elle mérite, sans réductionnisme ni complaisance.

La troisième ligne de force porte sur les espaces stratégiques, mers, corridors et zones de projection. L'Afrique n'est pas une masse continentale close sur elle-même : elle est bordée par des façades maritimes dont la valeur stratégique croît à mesure que les compétitions géoéconomiques s'intensifient. Le canal du Mozambique, les voies de l'océan Indien, les corridors terrestres sahéliens et sahéliens, la Mauritanie comme pivot atlantique, l'Éthiopie aux prises avec les contraintes de l'enclavement, ces espaces sont analysés non comme des abstractions géographiques, mais comme des arènes où se nouent des rapports de force concrets, où la souveraineté est fragile et contestée, où les acteurs extérieurs projettent leur influence avec une continuité que les transitions politiques locales ne parviennent pas toujours à endiguer.

La quatrième ligne de force, transversale à toutes les autres, est celle des paradigmes : comment penser la paix, la sécurité, le développement, la participation politique et la gouvernance depuis une perspective africaine autonome ? Plusieurs contributions de ce volume s'y attellent explicitement, qu'il s'agisse de repenser les narratifs sur la jeunesse politique au Kenya, d'articuler sécurité et développement dans un paradigme endogène, ou d'interroger les fondements du souverainisme dans les dynamiques politiques ouest-africaines. 

Ces textes participent d'un effort collectif de décolonisation épistémique, non pas comme posture rhétorique, mais comme programme intellectuel rigoureux, ancré dans des données empiriques et des cadres analytiques renouvelés.

Ce qui frappe, à la lecture de l'ensemble de ces contributions, c'est la densité analytique et la diversité géographique qu'elles représentent. Des Grands Lacs à la Corne de l'Afrique, du Sahel aux façades maritimes de l'océan Indien, de l'Afrique centrale aux périphéries sahariennes, ce volume couvre un spectre rarement atteint dans un seul ouvrage collectif, non par souci d'exhaustivité encyclopédique, mais parce que les dynamiques étudiées sont structurellement interconnectées. L'instabilité au Mali pèse sur le Bénin ; les rivalités dans la Corne de l'Afrique ont des répercussions dans l'ensemble de la région des Grands Lacs ; la dronisation du Sahel préfigure des transformations tactiques qui dépassent largement ce seul théâtre. Comprendre l'Afrique géopolitiquement impose désormais ce regard systémique.

Dix ans après sa première édition, Le Rapport annuel sur la Géopolitique de l’Afrique tient sa promesse fondatrice : être le lieu d'une pensée africaine libre, rigoureuse et engagée sur les grandes questions qui déterminent l'avenir stratégique du continent. Les vingt-huit auteurs de cette édition (seize nationalités, autant de terrains, autant de perspectives) en sont la meilleure preuve. Qu'ils en soient remerciés. Ce volume leur appartient, comme il appartient à tous ceux qui, en Afrique et au-delà, croient au droit du continent à s’approprier le droit de se raconter par lui-même.

 

Abdelhak Bassou

Senior Fellow,

Policy Center for the New South

    

Karim El Aynaoui

Executive President,

Policy Center for the New South

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