Publications /
Opinion

Back
«La crise du multilatéralisme : vers une redéfinition des relations Nord-Sud ?»
Authors
Sabine Cessou
April 16, 2019

Experts du Nord et du Sud ont discuté de ce thème le 10 avril à Paris, lors de la 7ème édition de ses Dialogues stratégiques entre le Policy Center for the New South et le Centre HEC de géopolitique.

La politique étrangère de Donald Trump, centrée sur la devise « America First », répond surtout à des motivations de politique intérieure, a rappelé Pascal Chaigneau, directeur du Centre HEC de Géopolitique. Elle vise à sa réélection pour un second mandat, en posant les questions de relations internationales vues depuis les Etats-Unis en termes largement populistes.

Un affrontement paraît cependant « inévitable » entre la Chine et les Etats-Unis, car « les Chinois ne comprennent pas que l’Occident depuis le 17ème siècle les aient dominés, tandis que les Etats-Unis, hégémon naturel, se considèrent comme un Etat élu et ne peuvent pas accepter la prééminence chinoise ».

“Que Trump soit réélu ou non, le mal est fait”

La Chine est devenue un acteur « incontournable », a renchéri Henri-Louis Védie, avec des Etats-Unis qui n’ont plus la mainmise sur l’ordre mondial. La montée en puissance diplomatique de la Chine se poursuit, plus importante qu’on ne l’imagine. « Pékin compte déjà 134 partenaires dans sa nouvelle Route de la soie, et non 68 comme le dit la presse », a souligné Jacques Gravereau.

De son côté, l’administration Trump n’a rien inventé, souligne le chercheur Thierry Garcin, car elle s’inscrit dans une longue histoire de « mouvement de pendule entre le mutilatéralisme, c’est-à-dire le respect du droit international, le bilatéralisme, dans lequel le pays agit seul face aux dossiers majeurs, et l’isolationnisme, largement pratiqué par le passé avec la doctrine Monroe ». D’alliés, les Etats-Unis redeviennent les associés de l’Europe qu’ils étaient avant 1949. Ils créent un droit parallèle isolationniste qui leur permet d’entraver le multilatéralisme, notamment sur le climat, l’Iran et la Syrie. En menaçant de se retirer de l’OMC, ils promettent l’avènement d’une « nouvelle loi de la jungle », tout en adoptant un bilatéralisme interventionniste avec la Corée du Nord. Conclusion de Thierry Garcin : « Que Trump soit réélu ou non, le mal est fait ».

“Donald Trump ne pourra pas défaire la globalisation”

L’affaiblissement du multilatéralisme se traduit par une perte d’influence de la Banque mondiale et du FMI, a noté Otaviano Canuto, ancien directeur du FMI et Senior Fellow au PCNS. Le contexte global est à la montée des populismes, a souligné Alfredo Valladao, professeur à Science-Po Paris et Senior Fellow au PCNS. La puissance des réseaux sociaux induit une « ochlocratie, ou pouvoir de la multitude en grec, ce qui alimente le populisme ». En Méditerranée, le multilatéralisme reproduit les jeux de pouvoirs entre grandes puissances, estime Rachid El Houdaigui, Senior Fellow au PCNS, avec une intervention de l’OTAN en Libye qui a tourné « au désastre ».

Dans son "keynote speech", Pascal Lamy, ancien directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), s’est interrogé : « Que faire ? Aider les Américains à réformer le système ? Et si les Etats-Unis étaient tentés de le quitter ? Trump donne des signaux dans les deux directions... Si les Etats-Unis veulent vraiment quitter l’OMC, il faut que nous lancions le débat aux Etats-Unis sur les conséquences d’une telle décision, notamment en termes de protection de la propriété intellectuelle ». Quoi qu’il arrive, a conclu Pascal Lamy, Donald Trump « ne pourra pas défaire la globalisation ».

RELATED CONTENT

  • Authors
    August 7, 2026
    THE END OF AN ERAThe US-Israeli war on Iran, a 'little excursion' envisaged to be over within a matter of weeks, has entered its fourth month. Shock waves ripple across the globe. This war is just one in a series of recent crises which have fractured the international community, making the decades of the 2020's among the most disruptive in recent history. Each crisis compounds the deleterious effects of those which came before. The war in Iran is no exception. It abruptly stalled ec ...
  • Authors
    July 27, 2026
    Is Europe Prepared for War?European public opinion is moving from treating a major conflict as unthinkable to regarding it as a possibility for which governments must prepare. Attention is increasingly focused on Russian hybrid operations, vulnerabilities in critical infrastructure and the risk of fragmentation within NATO. European defence policy is consequently undergoing a rapid transition from post-Cold War complacency towards preparations for high-intensity warfare. Recent ...
  • Authors
    July 15, 2026
    We Are Watching You In April 2026, the UK Ministry of Defence revealed that it had tracked a covert Russian submarine operation apparently intended to map critical undersea cables and pipelines in the North Atlantic and the North Sea. A Russian attack submarine and two specialised intelligence vessels operated by the Main Directorate of Deep-Sea Research, commonly known as GUGI, were reportedly monitored for four weeks by the Royal Navy, including HMS St Albans and P-8 Poseidon ...
  • July 10, 2026
    For much of the post-war period, the Global South was framed as an object of history, defined by dependency, constrained by structural asymmetries, and confined to the margins of global decision-making. That narrative, once empirically grounded, is now no longer adequate. A profound yet uneven transformation is underway. The Global South is no longer only reacting; it is increasingly shaping rules, institutions, and narratives.This Policy Brief argues that the Global South is thus t ...
  • Authors
    July 6, 2026
    We take the 2026 G7 Summit in Évian-les-Bains as a case study for understanding how a leading existing multilateral organisation adapts to a more fragmented, technologically inflected, and multipolar world. We argue that the significance of Évian lies less in the summit agreements themselves than in what the summit reveals: a qualitative shift in governance away from exclusive summit diplomacy and towards more selective coalition-building, broader engagement with non-state actors, a ...
  • January 6, 2026
    La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) symbolise une rupture politique et géostratégique majeure, appuyée sur un discours souverainiste et anti-occidental. Deux ans après, Mali, Burkina Faso et Niger peinent à assurer leur intégrité territoriale, à stabiliser leur sécurité intérieure et à bâtir une gouvernance solide. L’intégrité territoriale est un problème commun aux trois États, car dans ces pays, la cohésion de l’État et le contrôle du territoire sont directement men ...
  • Authors
    December 18, 2025
    The return of President Donald Trump to the White House at the start of 2025 was expected to signal an American retreat from international engagement, especially in regions of traditional security interest, such as southern Europe, North Africa, and the Middle East. To the surprise of many observers around the Mediterranean, and perhaps to the dismay of some in the Trump administration’s ideological orbit, this has not happened. If anything, the second half of 2025 has seen a high d ...
  • Authors
    December 3, 2025
    Resolution 2797 of the United Nations Security Council does not mark the end of an issue, but the culmination of masterful time management. Morocco has not only won support, it has won the tempo. By combining the Chronos of constancy and the Kairos of opportunity, it has demonstrated that a foreign policy can be based on the philosophy of time as much as on geopolitics.This diplomacy of controlled time can today be seen as an implicit doctrine of the Kingdom: a strategy in which pat ...