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La guerre, ses récurrences et ses coûts
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March 25, 2026

Les conflits armés ont toujours des coûts économiques exorbitants, sans parler des pertes humaines. Le coût de la guerre est difficilement chiffrable.  Il dépend de la durée de l'enlisement et des « à-côtés ».  En fait, les conséquences économiques, tout comme les causes des conflits armés sont toujours complexes à appréhender. Les risques liés aux conflits génèrent de nombreuses incertitudes économiques, directement perceptibles dans les contraintes budgétaires, les performances macroéconomiques. Si les effets conjoncturels ou à court terme des guerres divergent en fonction des situations, de l’intensité des conflits ou de l'efficacité de la politique adoptée pour les contrer, de nombreux travaux ont avancé l'idée que les conflits majeurs étaient liés aux cycles longs de l'économie. Les guerres seraient un mode de régulation du système économique mondial et auraient un effet structurel plus profond sur les économies en conflit. 

Aussi, l’analyse du coût de la guerre doit être appréhendée selon une grille multidimensionnelle intégrant les coûts militaires directs, les destructions d’infrastructures, les pertes humaines et les effets macroéconomiques systémiques. Ces coûts, cumulés et interdépendants, dépassent largement les dépenses budgétaires immédiates et s’inscrivent dans une logique de destruction de capital (physique, humain et institutionnel) dont les effets s’étalent sur plusieurs décennies. Dans cette perspective, qu’en est-il de la guerre actuelle au Moyen Orient ? 

Les guerres sont-elles inscrites dans le cycle économique ?

Nikolaï Kondratieff, économiste russe, avait émis, dans les années vingt du siècle passé, l’hypothèse que l’économie capitaliste évoluait selon des cycles longs, d’une durée totale de 50 à 60 ans.  Les dix cycles de Kondratieff qui se sont déployés sur la période 1495-1980 se décomposent en quatre phases, expansion, guerre, stagnation et reprise. Dans le cycle, la guerre est traditionnellement associée à la phase d’expansion ou à la transition vers le déclin, agissant comme un catalyseur pour stimuler une économie stagnante, corriger les déséquilibres, et accélérer l’innovation technologique. 

N. Kondratieff avait effectivement établi un lien entre guerres et cycles économiques longs : les premières coïncidaient avec les deuxièmes. Les nations se battent pour s'assurer la domination. Des travaux plus récents ont permis de mettre en valeur plusieurs éléments : dans les phases d'expansion, les vagues ne révèlent pas une fréquence des guerres plus fortes que les phases de dépression. En revanche, l'intensité des conflits est plus élevée dans les premières que dans les secondes.  Les guerres contribuent à la synchronisation du cycle entre les différentes économies nationales. Elles sont un phénomène récurrent qui exacerbe les violences structurelles. Chaque fois qu'une guerre majeure éclate, il en surgit une puissance dominante pour un siècle et demi. D'où un décalage entre cycle de puissance et cycle économique. 

L’hypothèse d’une périodicité des conflits demeure controversée. Certes, les cycles n'ont pas disparu mais la nature des cycles pourrait avoir été modifiée par la mondialisation et par l'impact des nouvelles technologies. Quant aux guerres, si elles surgissent toujours aux quatre coins du monde, elles semblent avoir perdu le rôle de synchronisation économique qu'elles ont joué entre les nations par le passé. Certains considèrent que cette fonction d'horloge ou de mise à niveau du cycle semble aujourd'hui relayée plus efficacement par la Bourse et les crises financières. Statistiquement, les guerres sont plutôt favorables aux marchés boursiers. Les cours baissent avant les hostilités et repartent ensuite à la hausse, stimulés par le « patriotisme » et l'augmentation des dépenses publiques.

L'impact psychologique d’une guerre (stockage des biens consommables, gel des investissements) a une traduction économique beaucoup plus forte que la contrainte financière. Cela s'est passé ainsi pendant la Seconde Guerre mondiale (1941-1953), la guerre de Corée (1950-1953), du Vietnam (1965-1973) et celle du Koweït en 1991. Ainsi, l'inflation américaine des années 60, qui entraînera l'abandon de l'étalon-or, la chute des monnaies européennes et la récession des années 70, ne sont pas dues aux seules dépenses vietnamiennes, même si elles y contribuent. De même, l'idée que la récession économique de 1993 découle mécaniquement de la guerre du Golfe de 1991 a été réfutée par les historiens de l'économie. Outre que le cycle conjoncturel était déjà orienté à la baisse, le conflit s'est dénoué dans le temps prévu et s'est réalisé à coût réduit - pris en charge à 80 % par les alliés des États-Unis. 

Toujours est-il que de 35 en moyenne, durant la période de la guerre froide, le nombre de nations en conflit dans le monde a fortement augmenté depuis la chute du mur de Berlin. En 2000-2010, il s'établissait à plus de 60. Les experts considèrent que leur nombre s’est accru au cours de ces dernières années, compte tenu du besoin impérieux d'accès à des ressources vitales. D'après les spécialistes, la lutte pour ces ressources naturelles et énergétiques concerne aussi bien le pétrole, avec pour corollaire la tension persistante au Moyen-Orient, que le gaz et l'or noir de la mer Caspienne, avec un effet déstabilisateur certain sur la région du Caucase. 

Mais les hydrocarbures ne sont pas les seuls motifs d'affrontements. Les ressources minières - les diamants notamment - et les bois précieux sont autant d'enjeux géostratégiques. La lutte pour l'eau, ressource vitale autant que « transnationale », s’est intensifiée. À côté de ces conflits, connus et plus ou moins localisés, sont apparus de nouvelles menaces à l'échelle d'un monde fortement globalisé (terrorisme, économies mafieuses). La mondialisation, qui permet un déplacement souvent sans contrôle des individus et des produits, a été un facteur déterminant de la globalisation des conflits (fragmentation des États et inflation de nouveaux États-nations).  Il faut aussi compter avec la technologie, les instruments de communication sophistiqués et leur dissémination géographique. 

Le coût exorbitant des conflits : les cas de l’Ukraine et de Gaza

Le débat sur les cycles longs et cycles de guerre revient en force et connait des développements avec les guerres de ces dernières années : l’Ukraine, Gaza et l’Iran aujourd’hui. Mais c’est moins pour positionner cette guerre dans le cycle long de l’économie, sa récurrence dans la région que pour appréhender les coûts qu’elle génère et ses effets de court et de longs termes sur les économies impliquées dans le conflit. Si la guerre représente bien un coût, elle ne peut être réduite à cette seule dimension. La dépense de guerre est généralement assimilée à un coût irrécupérable. 

Le chiffrage du coût de la guerre est délicat, parce que tout à fait contingent aux hypothèses faites sur la guerre.  Par le passé, on s'est souvent trompé pour estimer le coût des guerres. Par exemple, la guerre du Vietnam, qu'on envisageait en 1966 courte, devait coûter au budget américain 10 milliards et demi de dollars sur un an. En 1973, elle a été estimée à 110 - 150 milliards de dollars.   Dans le cas de la guerre de l'Irak, l'Administration américaine tablait sur un chiffre voisin de 60 milliards sur la base d'une guerre courte. De nombreux acteurs considèrent que la guerre allait être rapide et que l'économie devait reprendre rapidement ses droits, mais la campagne militaire s’est avérée plus longue.  Une facture dont Washington a dû payer une partie même si les « coalisés » ont été invités à participer à la couverture des frais.

La guerre en Ukraine permet d’approcher les coûts dans une perspective plus large. Le conflit ukrainien, depuis 2022, a généré des coûts directs et indirects estimés à plusieurs centaines de milliards de dollars. Selon une étude de D.R. Henderson, chercheur à la Hoover Institution, le coût total de la guerre pour Moscou s’élèverait à 2 500 milliards de dollars. La conquête s’est faite au prix de plus d’un million de pertes humaines, 12 000 chars d’assaut, près de 25 000 véhicules blindés et environ 400 avions. Le coût représenté par les pertes de matériel militaire est estimé à 125 milliards de dollars, les coûts opérationnels associés à la conduite de la guerre à 3,1 milliards de dollars par mois, et les pertes de richesse (soit le PIB « perdu » en raison de la guerre) à 1 124 milliards de dollars. Le total représente 115 % du PIB russe pour 2024, selon les chiffres de la Banque mondiale (BM). 

Du côté de l’Ukraine, les estimations conjointes de la Banque mondiale, des Nations Unies, de la Commission européenne et du gouvernement ukrainien, avancent un coût de 588 milliards de dollars pour la reconstruction de l'Ukraine après la guerre au cours de la prochaine décennie. Un chiffre qui prend en compte les dégâts infligés sur tout le territoire depuis le début de l'invasion en 2022. C'est presque trois fois le PIB du pays. Un montant astronomique qui donne une idée de la dévastation du pays. L'étude n'inclut toutefois pas les données relatives à la récente intensification des attaques russes contre les installations énergétiques ukrainiennes. La guerre, qui s'apprête à entrer dans sa cinquième année, a déclenché la plus grande crise de réfugiés en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, plus de 6 millions d'Ukrainiens vivant comme réfugiés à l'extérieur du pays. Plus de 4,6 millions d'Ukrainiens ont également été déplacés à l'intérieur du pays. 

La guerre à Gaza a été caractérisée par une destruction massive des infrastructures civiles, une désorganisation complète de l’économie locale et une crise humanitaire majeure. Un rapport, produit conjointement par le Groupe de la Banque mondiale, les Nations Unies et l’Union européenne, estime les besoins de reconstruction et de relèvement à Gaza à 53 milliards de dollars, selon l’évaluation provisoire des dommages et des besoins à Gaza et en Cisjordanie. Cette estimation rapide, compte tenu des restrictions d’accès sur le terrain et de l’évolution de la situation, est basée sur l’évaluation des dommages, des pertes et des besoins de relèvement et de reconstruction dans presque tous les secteurs de l’économie palestinienne. Les dommages aux structures physiques sont estimés à environ 30 milliards de dollars. Le logement est de loin le secteur le plus touché, concentrant 53 % des dommages, suivi par le commerce et l’industrie, qui en représentent 20 %. Les infrastructures essentielles (santé, eau, transports) concentrent plus de 15 % des dommages. Les pertes économiques dues à la baisse de la productivité, aux pertes de revenus et aux coûts d’exploitation sont évaluées à 19 milliards de dollars, les secteurs les plus touchés étant la santé, l’éducation et le commerce. Certains secteurs nécessitent des financements de reconstruction dépassant la valeur des destructions physiques, notamment pour la gestion des 41 à 47 millions de tonnes de gravats et de débris.

Mais au-delà de ces destructions physiques, la perte de capital humain – liée aux décès, aux blessures et à la déscolarisation – constitue un facteur majeur de dégradation du potentiel de croissance à long terme. La guerre à Gaza a causé plus de 75 000 morts, dont une majorité de civils, auxquels s’ajoutent plus de 100 000 blessés et des milliers de personnes handicapées à vie. L’ensemble de la population de Gaza – environ 2,3 millions de personnes – a été affecté par des déplacements massifs, souvent répétés, avec des taux de déplacement interne dépassant 70 % de la population.

Cette guerre a généré pour Israël un coût estimé à environ 68 milliards de dollars à l’horizon 2025, selon la Banque Centrale d’Israël, soit un niveau exceptionnel pour une économie de taille intermédiaire. À cela s’ajoute un coût courant très élevé : environ 246 millions de dollars par jour de dépenses directes et jusqu’à 600 millions de dollars hebdomadaires de pertes économiques liées à la désorganisation du marché du travail. L’effort budgétaire s’est traduit par une dégradation significative des équilibres macro-financiers, avec un déficit public atteignant près de 7 % du PIB et une hausse du ratio dette/PIB.

Quid de la guerre de l’Iran ? Quel en sera le coût final ? 

La mesure ou le chiffrage du coût de la guerre en cours au Moyen-Orient est encore impossible, en ce sens qu’elle ne se limite pas aux frappes contre l’Iran, elle n’est pas encore achevée et une incertitude pèse sur son escalade, son rythme d’intensité, ses territoires d’extension, englobant Gaza, le Liban, et les pays du Golfe et Israël.  De plus, le conflit présente une intensité financière plus concentrée, notamment en raison du recours massif à des systèmes d’armes à haute technologie et du rôle central des frappes aériennes. Encore faudrait-il tenir compte des éventuels incidents collatéraux et des coûts d'une occupation post-campagne qui pourrait s’avérer longue générant des frais d'entretien sur le terrain d'une force de milliers d’hommes.   Quelles que soient les difficultés du chiffrage, une chose apparaît sûre : les montants seront considérables, des ordres de grandeur sans commune mesure avec les dernières guerres contemporaines. C’est que la guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis repose sur une logique d’hyper-intensité technologique. Les coûts militaires y sont concentrés dans le temps et dominés par l’utilisation de systèmes d’armes à très forte valeur unitaire. 

Par ailleurs, l’extension du conflit à l’Iran et au Golfe introduit une dimension systémique globale. La perturbation du détroit d’Ormuz – axe par lequel transite environ un tiers du pétrole mondial – fait peser un risque de choc énergétique comparable à celui des années 1970, avec des projections de prix du pétrole pouvant atteindre 150 à 200 dollars le baril en cas de blocage prolongé. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) évoque déjà une crise énergétique et alimentaire majeure, susceptible d’entraîner inflation, récession et instabilité financière à l’échelle mondiale. Le coût du conflit dépasse ainsi le cadre régional pour devenir un facteur de déstabilisation globale.

Les États-Unis ont engagé, depuis octobre 2023, entre 9,6 et 12 milliards de dollars pour leurs opérations, auxquels s’ajoutent plus de 21 milliards d’aide militaire à Israël. L’escalade de 2026 contre l’Iran introduit une rupture d’échelle : en seulement six jours, les opérations américaines ont coûté environ 12,7 milliards de dollars, soit un rythme de dépense proche de 500 millions de dollars par jour. Cette intensité financière traduit la nature technologique du conflit (missiles de précision, systèmes antimissiles, aviation de pointe), caractéristique des guerres contemporaines à forte intensité capitalistique. Pour les États-Unis, le coût de la guerre ne se limite pas aux dépenses militaires. Il inclut également des coûts d’opportunité budgétaires importants, dans un contexte de dette publique élevée. Les ressources mobilisées pour le conflit réduisent la capacité d’investissement dans les infrastructures, la recherche ou la transition énergétique. Par ailleurs, la perturbation des marchés pétroliers liée aux tensions dans le détroit d’Ormuz génère des pressions inflationnistes qui affectent directement l’économie américaine.

La guerre avec l’Iran pourrait bien se transformer en gouffre financier pour l’Administration américaine. Le secrétariat à la Guerre réclame 200 milliards de dollars de rallonge budgétaire pour continuer l’initiative militaire. Cette somme doit permettre à l’armée de s’assurer que le stock de munitions est reconstitué. Il s’agit du cinquième du budget annuel de la Défense. Ce montant, record, est même supérieur aux 188 milliards d'aide militaire débloqués pour l'Ukraine par l'Administration Biden, pendant trois ans. Autrement dit, si le conflit devait durer trois mois, il coûterait plus cher à l’armée américaine que la guerre en Irak de 2003. Selon le Congressional Research Service, à l’époque l’Administration avait évalué à 60 milliards de dollars le coût de la deuxième guerre du Golfe. Quant à Joseph Stiglitz et Linda Bilmes, ils ont estimé son coût économique total entre 1 000 milliards et 3 000 milliards de dollars en incluant les soins des vétérans, les intérêts sur la dette, le coût de la reconstruction du pays, etc.Pour cette nouvelle guerre, là encore, le coût total pourrait être astronomique. C’est extrêmement imprévisible et le coût ne pourra être connu qu’une fois la guerre terminée.

Israël se trouve dans une situation encore plus complexe, marquée par la superposition de deux guerres. La guerre à Gaza a déjà généré des coûts estimés à plus de 60 milliards de dollars, tandis que la confrontation avec l’Iran entraîne une augmentation significative des dépenses militaires, notamment pour les systèmes de défense antimissile. Le gouverneur de la Banque centrale d'Israël avait estimé le coût économique de la guerre de 12 jours avec l'Iran à 6 milliards de dollars. Le coût de la relance de la guerre sera donc du double ou du triple si l’on tient compte de sa durée en cours. Cette dépense exerce une pression importante sur les finances publiques et sur l’économie réelle, avec des effets visibles sur l’investissement et la croissance. 

L’Iran, quant à lui, fait face à une contrainte structurelle beaucoup plus forte. Son économie est déjà fragilisée par les sanctions internationales, l’inflation et la dépréciation monétaire. Dans ce contexte, la guerre agit comme un amplificateur de crise. Les frappes sur les infrastructures énergétiques réduisent les capacités d’exportation, tandis que les dépenses militaires absorbent une part significative des ressources disponibles. Le coût relatif de fabrication des missiles, des drones et autres armes destructrices s’avère encore plus pesant dans un pays souffrant d’une raréfaction des ressources par l’effet des sanctions internationales.  Par ailleurs, et selon un décompte du cabinet de conseil danois Risk Intelligence, les frappes iraniennes qui ont ciblé Israël et les pays du Golfe ont pu causer d’importants dommages matériels et des victimes même si elles sont majoritairement interceptées par des « antimissiles » ou « intercepteurs » – au moins deux par cible –, dont le coût est prohibitif. L’addition financière de la guerre en Iran s’annonce déjà vertigineuse.

Au-delà des chiffres des dépenses militaires ou des destructions des infrastructures, la guerre a déjà provoqué plusieurs milliers de morts en quelques semaines. Ces pertes se traduisent par une destruction du capital humain : déscolarisation, perte de compétences, traumatismes psychologiques et effondrement des systèmes de santé. Ce coût humain a une traduction économique directe. L’érosion du capital humain – liée aux décès, aux blessures et aux déplacements – constitue un facteur majeur de contraction de long terme de la productivité et du potentiel de croissance. Autrement dit, la guerre produit un effet de «désaccumulation» qui compromet la reconstruction même lorsque les investissements financiers sont disponibles.

La comparaison avec la guerre en Ukraine permet de mieux situer ces dynamiques. Si le conflit ukrainien se caractérise par une destruction massive d’infrastructures sur un territoire étendu, la guerre au Moyen-Orient se distingue par une intensité financière plus élevée à court terme et par un impact plus direct sur les marchés énergétiques. Cette combinaison confère au conflit actuel un potentiel de déstabilisation globale particulièrement élevé. En définitive, la guerre en cours au Moyen-Orient illustre le passage d’une économie de guerre territoriale à une économie de guerre systémique. Les coûts ne se limitent plus aux dépenses militaires ou aux destructions matérielles, mais s’étendent à l’ensemble des structures économiques et sociales. Il s’agit d’un phénomène de destruction systémique affectant simultanément les budgets publics, les infrastructures, le capital humain et les équilibres macroéconomiques globaux.

Enfin, la guerre au Moyen-Orient se distingue par son effet multiplicateur sur les marchés mondiaux, en particulier énergétiques. Alors que la guerre en Ukraine a déjà provoqué une reconfiguration durable des flux gaziers et pétroliers, le conflit actuel menace directement les points de passage stratégiques (Ormuz, Bab el-Mandeb), ce qui lui confère un potentiel déstabilisateur supérieur à court terme. Cette dimension géoéconomique explique pourquoi certains analystes considèrent le conflit de 2026 comme le plus perturbateur pour l’économie mondiale depuis un demi-siècle.

Un autre aspect de la question paraît préoccupant. Celui de l'incidence finale de la charge. Plus encore que lors de la première guerre du Golfe, l'initiateur de la guerre n'en serait pas le payeur principal. Dans les conditions présentes de forts déséquilibres américains tant externes  (la balance courante) qu'internes (le budget fédéral) et, donc, des déficits jumeaux reconstitués et croissants, il apparaît que le coût financier devra nécessairement être pris en charge pour la plus grande part par le reste du monde. 

 

 

 

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