Publications /
Opinion

Back
Découvertes de gaz naturel au Maroc au début 2022 : que faut-il en penser ?
Authors
January 24, 2022

En janvier 2022, deux sociétés pétrolières, Chariot Limited et Predator Oil & Gas Holdings PLC, toutes les deux basées au Royaume-Uni, ont annoncé de bonnes nouvelles sur deux permis au Maroc. Ces découvertes de gaz naturel ont fait couler beaucoup d’encre. De façon générale, ce n’est d’ailleurs pas très étonnant, et ce pour plusieurs raisons : une découverte d’hydrocarbures (pétrole et gaz naturel) est un événement important en soi au regard de la place des hydrocarbures sur la scène énergétique (le pétrole et le gaz naturel représentent ensemble environ un peu moins de 60% de la consommation mondiale d’énergie), économique et géopolitique mondiale ; une découverte crée des attentes et des espoirs, parfois des déceptions ; et une découverte peut aussi susciter des controverses, soit parce que certains concepts techniques de base de l’industrie des hydrocarbures ne sont pas bien compris, ce qui peut entraîner des interprétations erronées, soit parce que la ou les sociétés concernées ont une communication discutable sur l’ampleur de cette découverte.

Une découverte ‘’encourageante’’ ou ‘’significative’’

Dans le premier cas, revenons sur les faits. Il est question d’une découverte gazière sur le permis marin de Lixus Offshore, dont la superficie est de 2 390 km². Situé à environ 40 kilomètres de Larache, ce permis est détenu par un consortium composé de Chariot (75%) et de l’Office National des Hydrocarbures et des Mines (Onhym, 25%), la compagnie pétrolière nationale du Maroc. Chariot est l’opérateur et conduit, donc, les travaux sur le terrain. Le forage qui a permis cette découverte s’appelle Anchois-2 (précédemment, il y avait eu le puits Anchois-1, en 2009, sur le même permis). Réalisé dans la seconde quinzaine de décembre 2021 par une profondeur d’eau de 380 mètres environ, il a atteint une profondeur de 2 512 mètres.

Ce forage a mis en évidence une accumulation de gaz. De plus, il y a deux autres bonnes nouvelles : l’épaisseur nette de l’accumulation est de 100 mètres (55 mètres pour la zone productrice nette mise en évidence avec le puits Anchois-1, selon Chariot) et les réservoirs sont de bonne qualité. La première de ces bonnes nouvelles doit cependant être nuancée. L’épaisseur de 100 mètres évoquée est répartie sur six zones, de huit à 30 mètres pour chacune d’entre elles, a indiqué l’Onhym.

Pour résumer, les résultats du forage sont ‘’encourageants’’, terme utilisé par l’Onhym. De son côté, Chariot parle d’une découverte ‘’significative’’. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. La société nationale marocaine souligne que ‘’d’autres analyses plus approfondies seront entreprises pour affiner l’évaluation du potentiel gazier découvert’’. Pas de quoi faire le buzz, certes, mais ce n’est pas l’objet. Dans l’industrie pétrolière et gazière, le calendrier et le cadre temporel ne sont pas les mêmes que pour les médias, les décideurs politiques et l’opinion publique. Il est effectivement beaucoup trop tôt aujourd’hui pour avancer des chiffres précis.

Une mise en production d’Anchois dans moins de trois ans ?

Les données collectées lors du forage d’Anchois-2 seront analysées et d’autres forages seront réalisés. Le puits Anchois-1 pourra être utilisé pour le futur développement du champ. Chariot et l’Onhym entendent à présent travailler en vue du développement rapide de cette découverte. Interrogée par SNRTNews, Mme Amina Benkhadra, directrice générale de l’Onhym, a indiqué que la mise en production pourrait intervenir vers la fin 2024.

La communication de Chariot et de l’Onhym a été très professionnelle, suite au forage d’Anchois-2. Par contre, dans le passé, Chariot avait publié des chiffres qui peuvent encore aujourd’hui alimenter les controverses. L’entreprise avait ainsi évoqué, pour Anchois-1, des ressources récupérables restantes d’environ 30 milliards de mètres cubes et, pour l’ensemble du permis Lixus, de 80 milliards de mètres cubes sur la base d’une étude réalisée par NSAI, des consultants spécialisés. Ces chiffres sont hautement spéculatifs car ils portent sur des ressources éventuelles (‘’contingent resources’’) et prospectives (‘’prospective resources’’). Après Anchois-2, Chariot a été plus sobre et n’a pas repris de telles estimations qui sont, au minimum, source de confusion pour des publics non spécialisés.

Prudence et espoirs

De son côté, une autre compagnie pétrolière, Predator Oil & Gas Holdings (basée à Jersey au Royaume-Uni), vient d’annoncer des chiffres très importants pour le bassin de Guercif après les forages MOU-1 et MOU-4. A la différence de Lixus, il s’agit de travaux à terre. Predator a parlé de 11 milliards de mètres cubes de gaz naturel mais il s’agit, là aussi, d’une estimation de ressources éventuelles qu’il faut donc considérer avec une extrême prudence.  

Tout en gardant la tête froide et en prenant également en compte ce qui s’est passé en 2021, on relève des signaux positifs pour les perspectives gazières du Maroc. On peut évoquer le projet de Tendrara de Sound Energy et les activités de SDX Energy, deux firmes basées à Londres, qui détiennent des permis d’exploration à terre au Maroc. Pas de quoi crier victoire, bien sûr, mais des projets et des acteurs à suivre de près au cours des prochains mois. 

Version en arabe 

Version en anglais

 Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que leur auteur.

RELATED CONTENT

  • Authors
    Chami Abdelilah
    Derj Atar
    Hammi Ibtissem
    Morazzo Mariano
    Naciri Yassine
    with the technical support of AFRY
    July 9, 2021
    The consequences of climate change are becoming progressively more visible in Morocco. Changes in rainfall patterns and drought, increases in average temperatures and heatwaves, flooding, and rising sea levels are increasingly affecting several regions. Yet, Morocco has a relatively low greenhouse gas (GHG) emission rate, compared to other countries. In 20162, Morocco’s total GHG emissions reached 86127.7 gigagram of carbon dioxide equivalent (Gg CO2-eq), totaling around 0.2% of glo ...
  • Authors
    Chami Abdelilah
    Derj Atar
    Hammi Ibtissem
    Morazzo Mariano
    Naciri Yassine
    with the technical support of AFRY
    July 9, 2021
    Les importantes ressources en énergies renouvelables du Maroc offrent une opportunité sans précédent d’ancrer les choix économiques et politiques du pays dans la transition énergétique, et de faire de cette transition un levier essentiel du développement économique. Ceci est d’autant plus important que le coût des énergies renouvelables a baissé au cours des 10 dernières années2 et présente désormais un fort potentiel, non seulement de création d’emplois verts mais aussi de croissan ...
  • Authors
    Chami Abdelilah
    Derj Atar
    Hammi Ibtissem
    Morazzo Mariano
    Naciri Yassine
    with the technical support of AFRY
    June 28, 2021
    Lors de la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui s'est tenue à Paris en 2015, les gouvernements se sont engagés à limiter l'augmentation de la température mondiale à un niveau bien inférieur à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Ils se sont également engagés à atteindre, dès que possible, un pic de leurs émissions et à parvenir à la neutralité carbone au cours de la seconde moitié du siècle. Pour autant, m ...
  • Authors
    Chami Abdelilah
    Derj Atar
    Hammi Ibtissem
    Morazzo Mariano
    Naciri Yassine
    with the technical support of AFRY
    June 28, 2021
    During the 2015 Paris Conference of the Parties to the United Nations Framework Convention on Climate Change (UNFCCC), governments pledged to limit the global temperature increase to well below 2°C above pre- industrial levels, to peak emissions as soon as possible, and to achieve carbon neutrality in the second half of the century. Yet, even assuming full implementation of the commitments made by governments in Paris, the global concentration of greenhouse-gas (GHG) emissions will ...
  • Authors
    Sang-Hyun Lee
    Amjad T. Assi
    Bassel Daher
    October 5, 2020
    Our Senior Fellow Rabi Mohtar has co-authored with our economist, Fatima Ezzahra Mengoub along other researchers a research paper entitled « A Water-Energy-Food Nexus approach for conducting trade-off analysis: Morocco’s phosphate industry in the Khouribga region » in Hydrology and Earth System Sciences Journal (Volume 24, Issue 10). The study objective was to develop and use the Water-Energy-Food Nexus Phosphate (WEF-P) Tool to evaluate the impact of Morocco’s phosphate industry ...
  • April 24, 2020
    This paper aims at evaluating the virtual water content in trade in an intra-country perspective and discussing potential tradeoffs between the use of natural resources and value added creation. We develop a trade-based index that reveals the relative water use intensities associated with specific interregional and international trade flows. The index is calculated considering the measures of water and value added embedded in trade flows associated with each regional origin-destinat ...
  • Authors
    Holger Hoff
    Sajed Aqel Alrahaife
    Rana El Hajj
    Kerstin Lohr
    Nadim Farajalla
    Kerstin Fritzsche
    Guy Jobbins
    Gül Özerol
    Robert Schultz
    Anne Ulrich
    May 13, 2019
    Adopting an integrated approach to the management and governance of natural resources including land, water and energy is seen as an effective way to improve the sphere of production while respecting the environment. Fatima Ezzahra Mengoub, economist at the Policy Center for the New South, was invited by Stockholm Environment Institute, alongside other prestigious research centers with expertise in environmental studies, to co-author this research paper and share her analysis of th ...
  • April 26, 2018
    This paper reports the results of an application using an interregional input-output matrix for Morocco together with regional information on water consumption by sectors. We develop a trade-based index that reveals the relative water use intensities associated with specific interregional and international trade flows. We estimate, for each flow associated with each origin-destination pair, measures of trade in value added and trade in water that are further used to calculate our in ...
  • Authors
    Prepared by Global Nexus
    October 13, 2017
    Since inception nearly a century ago, corporations and industries have coevolved with Morocco’s legacy of peace and prosperity. With a growing pressure on agricultural production and natural resources, exacerbated with climate change, there is urgency to define sustainable strategies that would reassure corporations and industries for longterm prosperity and for a healthy economy. Studies have highlighted the perilous state of our natural environment, the exhaustion of our aquifers, ...
  • Authors
    July 28, 2017
    Renewable energy technologies are projected to have substantial growth in the coming decades, especially given the environmental, social and economic drivers observed globally. The Middle East and North Africa (MENA) region encloses abundant alternative energy sources such as solar, wind and hydropower. The concern is more whether the Arab region will be able to respond to and manage the growth opportunities in this emerging sector. This Policy Brief explores opportunities and chall ...