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VISAGES MULTIPLES DU DÉCLASSEMENT ET DU SURCLASSEMENT AU MAROC : analyse comparative à travers trois mesures à partir des Microdonnées du Recensement 2014
September 11, 2026

Le marché du travail marocain connaît, depuis les années 2000, une expansion continue de la scolarisation qui ne s'est pas accompagnée d'une transformation équivalente de la structure productive de l'économie, ouvrant la voie à des situations d'inadéquation verticale entre le niveau de formation des actifs occupés et les exigences des emplois qu'ils occupent. La présente étude analyse les déterminants du déclassement (sur-éducation) et du surclassement (sous- éducation) à partir des microdonnées anonymisées du Recensement Général de la Population et de l'Habitat de 2014 (RGPH 2014, HCP), sur un échantillon de 945 866 actifs occupés. Trois mesures catégorielles de l'inadéquation sont construites — une approche normative nationale (ANN), une approche normative internationale (ANI) alignée sur les standards de l'OIT, et une approche statistique (AS) fondée sur la distribution empirique des années d'études par profession — puis leurs déterminants sont estimés par modèles Logit Multinomial. 

Les résultats descriptifs révèlent une divergence marquée selon la mesure retenue : les approches normatives concluent à un surclassement massif de 62,7 % (ANN) à 66,0 % (ANI), tandis que l'approche statistique établit l'adéquation comme situation majoritaire (67,0 %). Ce diagnostic est cohérent, dans sa hiérarchie, avec celui du HCP (2018), qui rapporte sur données exhaustives du RGPH 2014 un taux d'adéquation de 45,7 %, un surclassement de 46,7 % et un déclassement de 7,6 %, ce dernier atteignant 55,8 % chez les techniciens spécialisés et culminant à un facteur de trois entre milieu urbain (10,4 %) et milieu rural (3,2 %). Sur le plan économétrique, le déclassement touche davantage les jeunes actifs, les femmes, les résidents urbains, les salariés du secteur public et les individus issus des ménages les plus favorisés (quintile le plus riche : β = 0,918), tandis que le surclassement domine chez les travailleurs âgés, les indépendants, les aides familiaux et les résidents ruraux.

La confrontation de ces résultats avec le Morocco Growth and Jobs Report de la Banque mondiale (2026) révèle une aggravation récente et documentée de la sur-qualification des diplômés du supérieur, passée de 34 %, en 2019, à plus de 43 % dans les données les plus récentes, et atteignant 70,7 % pour les diplômés de la formation professionnelle de niveau supérieur — un phénomène qui réduit les rémunérations de 20 %, et de 10 points supplémentaires en cas de mismatch horizontal simultané. Sur le plan du genre, la participation féminine au marché du travail a chuté de 28 % en 2000 à 19 % en 2024 au niveau national, tandis qu'elle a progressé en milieu urbain chez les 25-34 ans, de 26,1 % en 2016 à 34 % en 2024 — une sélectivité croissante qui explique le paradoxe apparent des femmes actives occupées, mieux appariées en moyenne (59,2 % d'adéquation contre 42,8 % pour les hommes selon le HCP) mais confrontées à des barrières d'accès à l'emploi formel plus fortes.

Ces résultats appellent des politiques différenciées : lutte contre le déclassement urbain par une politique industrielle créatrice d'emplois qualifiés et par la validation des acquis de l'expérience ; lutte contre le surclassement rural par la diversification économique locale ; et politiques ciblées sur les barrières d'accès à l'emploi formel pour les femmes diplômées.

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