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Violence à l'égard des femmes et autonomisation économique au Maroc - Pourquoi aucune politique d'inclusion économique ne peut réussir sans s'attaquer à la violence
August 31, 2026

Selon la dernière enquête nationale disponible, 57 % des femmes marocaines âgées de 15 à 74 ans, soit environ 7,6 millions de personnes, ont déclaré avoir subi au moins un acte de violence au cours des douze mois précédant l'enquête (HCP, 2019). Cette prévalence s'accompagne d'un coût économique direct et indirect estimé, pour la même période, à 2,85 milliards de dirhams (HCP, 2019). Ces deux ordres de grandeur — humain et économique — trouvent un écho dans les indicateurs du marché du travail : le taux d'activité féminin s'établissait à 19,1 % en 2024, contre 68,6 % pour les hommes (HCP, 2026), et l'écart de chômage entre les sexes s'est élargi de 5,7 points en 2019 à 9,7 points en 2025 (Bank Al-Maghrib, 2025). Pris ensemble, ces éléments concourent à un manque à gagner associé à la faible participation économique des femmes évalué à 2,2 % du produit intérieur brut (HCP, cité dans Ibourk & Ghazi, 2026).

Face à cette ampleur statistique, la littérature disponible propose un mécanisme explicatif : la violence à l'égard des femmes y est présentée comme un déterminant susceptible d'affecter plusieurs dimensions de la participation économique, notamment la mobilité, l'accumulation de capital humain et la capacité entrepreneuriale (Ibourk & Ghazi, 2026). Ce mécanisme ne se limite pas à l'intégrité physique : les données d'enquête indiquent que les formes économique et psychologique de violence concernent respectivement 14,2 % et 47,8 % des femmes interrogées (HCP, 2019), ce qui suggère des voies de contrainte plus diffuses. Ces voies sont elles-mêmes entretenues par un contexte normatif spécifique : la persistance de normes sociales favorables à l'acceptation de la violence conjugale — déclarée par 38 % des femmes et 40 % des hommes enquêtés (HCP, 2019) — est associée, selon le Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE, 2019), à une sous-déclaration et à une faible activation des mécanismes de protection existants.

Face à ce phénomène, le cadre juridique marocain s'est structuré progressivement depuis 2002, avec l'adoption de la loi n° 103-13 relative à la lutte contre la violence faite aux femmes, entrée en vigueur en 2018 (Royaume du Maroc, 2018), puis l'élaboration de la Politique nationale de lutte contre la violence à l'égard des femmes et des filles à l'horizon 2030 (Ministère de la Solidarité, du Développement Social, de l'Égalité et de la Famille, 2021c), assortie d'un dispositif opérationnel de prise en charge couvrant les circuits judiciaire, sécuritaire et sanitaire (Ministère de la Solidarité, du Développement Social, de l'Égalité et de la Famille, 2021a). Ce dispositif présente cependant des limites que le CESE (2019) identifie précisément : prédominance de l'approche répressive sur la prévention, absence de budget dédié aux plans gouvernementaux successifs pour l'égalité, et non-installation, à la date de la dernière évaluation disponible, de l'Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination (APALD), pourtant prévue par la Constitution de 2011.

C'est sur la base de ce diagnostic — ampleur du phénomène, mécanismes de transmission vers la sphère économique, et limites du dispositif de réponse — que ce paper formule des recommandations hiérarchisées par horizon temporel : l'installation de l'APALD et le renforcement des dispositifs d'urgence à court terme ; la réalisation d'une troisième enquête nationale de prévalence et la sanctuarisation budgétaire de la Politique nationale 2030 à moyen terme ; une révision du cadre normatif de la loi 103-13 à long terme, en cohérence avec les recommandations du CESE (2019).

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