Publications /
Opinion

Back
COVID-19 : Sécurité alimentaire et fondements de l'espoir
Authors
May 21, 2020

S'il y a un point positif dans cette pandémie de COVID-19, c'est la prise de conscience de l'importance de ce qui nous est le plus cher : la sécurité alimentaire et les fondements de l'espoir.

Sécurité alimentaire :

Ceux d'entre nous qui jouissent de la sécurité alimentaire réalisent à quel point nous dépendons de chaque maillon de la chaîne agroalimentaire. Pour les citadins, un des premiers signes que cette chaîne est rompue est la présence de rayons vides - pénurie d'approvisionnement et achats de panique. Nous apprécions soudain l'attrait de l'autosuffisance ou de la souveraineté alimentaire : développons nos propres jardins communautaires, nous dit-on. Les ruptures de chaînes d’approvisionnement sont partout. Les ruptures de la chaîne d'approvisionnement sont partout. Des montagnes de denrées périssables de la Californie à la Floride sont gaspillées parce que la moitié des denrées alimentaires produites en temps normal est destinée à des établissements actuellement fermés, dont les restaurants, les écoles, les stades, les parcs à thème et les bateaux de croisière. Les producteurs laitiers jettent des litres de lait faute de possibilités de stockage. Dans le même temps, les supermarchés s'efforcent de maintenir leurs rayons bien remplis. Dans cette crise, chaque maillon de la chaîne doit se reconfigurer en fonction de la meilleure solution - une tâche ardue compte tenu de l'incertitude généralisée.   

Des millions de personnes sont toutefois en situation d'insécurité alimentaire. La détresse générale est évidente : de longues files de personnes portant des masques se pressent devant les banques alimentaires. Avec le COVID-19, le nombre de personnes en situation d'insécurité alimentaire aux États-Unis va fortement augmenter - de 4 millions à 17 millions - selon le scénario du chômage. Les estimations varient : 37 millions de personnes selon l'USDA (2019) ; plus de 42 millions bénéficient du Programme d'aide supplémentaire à la nutrition (SNAP) ; Feeding America, une ONG disposant d'un réseau de 200 banques alimentaires, vient en aide à plus de 40 millions de personnes par an ; et d'autres ONG, notamment la  World Central Kitchen du Chef José Andrés.

Pour les millions de personnes dans les pays à faible et moyen revenu, qui dépendent encore majoritairement des petites exploitations agricoles, cette pandémie promet d'aggraver l'insécurité alimentaire. Les Nations unies mettent en garde contre des famines mondiales aux « proportions bibliques ». En Afrique subsaharienne, la production agricole devrait se contracter de 2,6 % selon un scénario optimiste et de 7 % selon un scénario pessimiste de blocus commerciaux, selon le Groupe de la Banque mondiale. Dans la mesure où environ 80 % des aliments consommés en Asie et en Afrique sont fournis par les chaînes d'approvisionnement alimentaire (FSC – acronyme anglais), les perturbations le long de ces chaînes vont inévitablement saper l'offre et la demande. Ces FSC sont dominés par des milliers de petites et moyennes entreprises (PME) à forte intensité de main-d'œuvre - environ 50 à 80 % des économies alimentaires des pays en développement d'Asie et d'Afrique, selon l'IFPRI. Des foules denses se rassemblent généralement sur les marchés alimentaires de gros et les marchés traditionnels de produits frais. Les gouvernements ont peu de contrôle sur les conditions d'hygiène publique dans ces endroits. Les confinements vont paralyser l’activité, augmenter le risque de prix élevés (par exemple, à Addis-Abeba, les prix des principaux produits de base on augmenté de 50 à 100 % entre février et mars 2020) et favoriser les achats de panique. Les petits exploitants souffriront directement de la perturbation de leurs chaînes d'approvisionnement en intrants et indirectement de la baisse de la demande pour leurs produits. Les problèmes ne s'arrêtent pas là. Une autre catastrophe naturelle a frappé : des hordes de criquets pèlerins ont envahi l'Afrique de l'Est, la pire catastrophe naturelle jamais vue en 25 ans, liée à des cyclones répétés, eux-mêmes dus au changement climatique. Pour les pays importateurs de denrées alimentaires, la rupture des chaînes d'approvisionnement compromet les livraisons, alors que les prix de ces mêmes denrées s'effondrent à mesure que la crainte d'une récession mondiale se profile, et que les vendeurs sont incapables d'atteindre leurs marchés. Dans le même temps, certains pays exportateurs de denrées alimentaires limitent leurs exportations pour maintenir leurs prix intérieurs à un niveau bas, comme cela s'est produit lors de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008. Au 20 avril 2020, 16 pays avaient émis des ordonnances de restriction des exportations (Conseil atlantique, avril 2020).

Les fondements de l'espoir

Il est clair que notre monde hautement intégré et technologiquement sophistiqué est en plein désarroi. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment en sortir ?

Les pandémies ne sont pas un phénomène nouveau. La pandémie de grippe espagnole de 1918-1919 a ravagé les sociétés, infectant 500 millions de personnes et en tuant environ 50 millions dans le monde. L'une de nos forces, un monde fortement interconnecté qui permet une division plus efficace du travail par le biais du commerce, est aujourd'hui une vulnérabilité majeure car elle a permis au COVID-19 de faire le tour de la planète en peu de temps. Le traumatisme des pandémies peut  changer le cours de l’histoire. Quels changements cette pandémie apportera-t-elle ? L'expérience de quelques pays asiatiques montre qu'une dislocation socio-économique généralisée n'est pas inévitable, même en période de pandémie.

Les pays et territoires, dont la Corée du Sud, la RAS de Hong Kong, Taïwan et Singapour - proches de Wuhan, en Chine, l'épicentre du COVID-19[1] - ont pris des mesures rapides et décisives pour identifier et contenir l'infection. Il s'agissait notamment du traçage des contacts, du dépistage massif et de la création d'une plateforme unifiée de big data[2] pour analyser les cas possibles de personnes infectées et tracer les cas en vue de leur confinement et de leur traitement. Les quatre pays ont habilement exploité leurs capacités en matière de TIC pour identifier, tracer les contacts, tester, contenir et traiter. Dans le sillage de l'épidémie désastreuse de SRAS de 2002, Taïwan a mis en place un centre de gestion des catastrophes et de reprise, le National Health Command Center. Les pays disposent des institutions, des outils TIC, du personnel et des structures de gouvernance qui leur permettent de mobiliser leurs citoyens pour passer à l'action sans violer le droit à la vie privée. Les citoyens de Hong Kong et de Corée du Sud ont agi de manière proactive et se sont protégés même sans que le gouvernement n'impose un confinement. Les gouvernements et les populations étaient préparés, ont agi de concert et ont fait preuve de vigilance[3].

Leurs réponses montrent que les fondements de l'espoir résident dans la préparation, l'action décisive, la collaboration publique et la cohésion sociale. Ces gouvernements montrent qu'il n'est pas nécessaire d'être autoritaire pour mobiliser la science, la technologie et le soutien populaire pour répondre efficacement à une pandémie. Ce qui est néanmoins nécessaire, c'est un leadership national engagé dans le renforcement des institutions et des politiques, en partenariat avec et pour le peuple. Comme l'a si bien dit le président Lincoln, la meilleure façon de prédire l'avenir est de le créer. [4] Leaders émergents, le monde a besoin de vous. 
 


[1] Une guerre de l'information entre les États-Unis et la Chine sur l'origine de COVID-19 est toujours en cours. Il faut espérer que de nouvelles recherches permettront de découvrir la vérité.

[2] Les données de l'immigration, des douanes et de l'assurance nationale ont été combinées.

[3] Voir Fast Company, Ariane Cohen, 24 avril 2020, ‘‘Jim Yong Kim, ancien président de la Banque mondiale, propose un plan en 5 points pour vaincre le COVID’ Ces cinq points sont : 1. La distanciation sociale ; 2. Le dépistage ; 3. Le traçage des contacts de ceux qui ont été testés positifs ; 4. L'isolement de ceux qui ont été en contact avec des patients positifs et la mise en quarantaine de ceux qui peuvent avoir été infectés ; et 5. Le traitement. Tous doivent être déployés simultanément et de manière agressive. Kim souligne que c'est exactement ce qu'ont fait la Corée du Sud, Taïwan et Singapour (consulté le 26 avril, 2020).

[4] Cette citation est attribuée au président Abraham Lincoln (4 mars 1861 - 15 avril 1865) et à Peter F Drucker, consultant en gestion, éducateur et auteur, (19 novembre 1909 - 11 novembre 2005).

RELATED CONTENT

  • September 30, 2026
    تتناول هذه الحلقة ظاهرة «إل نينيو» وتأثيراتها المحتملة على المغرب، من خلال التعريف بآلياتها وانعكاساتها على درجات الحرارة والتساقطات والظواهر المناخية القصوى. كما تسلط الضوء على تداعياتها المحتملة على الموارد المائية والقطاع الفلاحي، والمناطق والقطاعات الأكثر عرضة لتأثيراتها. وتناقش الح...
  • Authors
    September 25, 2026
    The Latin America and Caribbean region has made considerable progress in poverty reduction and improving food security since COVID-19. However, the improvements have not been driven by inclusive growth.A characteristic feature of the LAC experience is that major disparities in economic performance, poverty reduction, and food security exist, e.g., among regions; between rural and urban areas; between genders. In addition to these disparities, large farmers, the minority in dualistic ...
  • Authors
    September 14, 2026
    The outbreak of the war in Iran and the closure of the Strait of Hormuz have had major consequences for a large number of global commodity markets. While media attention has understandably focused on oil and natural gas, as well as on aluminum – owing to the strong dependence of that metal’s supply on energy prices – sulfur, like helium, ethylene, propylene, or urea, has also been caught up in the fallout of this conflict. Far from being a marginal commodity, it is essential to the ...
  • Authors
    September 14, 2026
    Le déclenchement de la Guerre en Iran et le blocage du détroit d’Ormuz ont eu des conséquences majeures sur un grand nombre de marchés mondiaux de matières premières. Si l’attention médiatique s’est logiquement portée sur le pétrole et le gaz naturel, ainsi que sur l’aluminium, en raison de la forte dépendance de l’offre de ce métal aux prix de l’énergie, le soufre, comme l’hélium, l’éthylène, le propylène ou l’urée, a également été pris dans les rets de ce conflit. Loin d’être une ...
  • Authors
    August 5, 2026
    This paper addresses the persistent challenge of resource dependence in the world's poorest countries, focusing on the ten poorest African nations where natural- resource rents average 14% of income. It argues that four decades of conventional policy advice, which treated resource dependence primarily as a revenue management problem, have failed to help these countries. While stabilization funds and permanent-income frameworks aim to smooth consumption, they do not answer the fundam ...
  • Authors
    July 31, 2026
    Ethiopia continues to struggle to lay the economic foundations of food security for all, more than 30 years after first adopting the East Asian Developmental State Model (EADS) under Zenawi (1911-2012), continued under Hailemariam Desalegn (2012-April 2018), and later shifting toward a neo-liberal, Washington consensus-oriented approach under Abiy Ahmed (2018-present). The achievements recorded under the EADS approach—particularly double-digit annual growth, substantial poverty ...
  • July 23, 2026
    L'agriculture occupe une place stratégique dans l'économie marocaine, mais sa transformation reste confrontée à des défis structurels majeurs. Dans cet entretien, les intervenants reviennent sur les limites des politiques agricoles menées depuis l'indépendance, notamment l'objectif d'au...
  • Authors
    June 24, 2026
    Africa today remains far from food secure. Chronic malnutrition, widespread anemia among women of childbearing age, stunting and wasting among young children, pervasive underemployment in both rural and urban areas, and a youth bulge frustrated by high unemployment are key features of a continent that is seriously off track with respect to the SDG deadline: only 6% of SDGs have been implemented (Mo Ibrahim Forum, 2025).Despite this dismal progress, Africa can still achieve “The Afri ...
  • Authors
    June 9, 2026
    This Opinion was originally published on dev-front.org, by Hafez Ghanem, Senior Fellow at the Policy Center for the New South.Joe Studwell has spent most of his career working on Asia and brings an interesting fresh perspective on the economics of Africa. This makes the book worth reading even if one disagrees with some conclusions.   The book’s main argument is that Africa should follow the Asian model of first focusing on smallholder agriculture, then labor intensive manufact ...