Publications /
Policy Paper

Back
La diplomatie économique du Japon en Afrique: Un bilan de l’ère Abe, entre priorités stratégiques et réalités de terrain
Authors
Céline PAJON
January 8, 2021

Durant  son  mandat  (2012-2020),  le  Premier  ministre  Shinzo  Abe  s’est évertué  à  démontrer  le  fort  intérêt  duJapon  pour  l’Afrique,s’engageant notamment sur un soutien financier d’un total de 60 milliards de dollars lors des sommets de la Tokyo International Conference on African Development(TICAD)  en  2013  et  2016  et  dévoilant  sa  vision  pour «un  Indo-Pacifiquelibre  et ouvert»(«Free  and  Open  Indo-Pacific»–FOIP)  lors  de  la TICADVI à Nairobi. Pour autant, Shinzo Abe n’entretient pas avec l’Afrique de  lien particulier. Il a  simplement décliné  les  priorités  stratégiques  fixées pour son gouvernement dans le cadre de sa politique africaine.

Il s’agissait d’abord de redynamiser l’économie du Japon, par la recherche de leviers de croissance à l’international : l’Afrique est en 2013 un continent en pleine expansion économique. La priorité est d’y mobiliser massivement les investissements privés et de rattraper le retard du Japon sur le marché africain, face aux autres acteurs asiatiques et occidentaux. Tokyo a donc cherché à passer d’une politique centrée sur l’aide publique au développement (APD), dont le budget ne cesse de se contracter, à une approche basée sur les investissements privés, à travers une série de mesures incitatives déployées dans le cadre de sa diplomatie économique.

Shinzo Abe a également souhaité marquer le retour du Japon sur la scène internationale, via un fort activisme diplomatique. Or, la rivalité systémique avec la Chine, qui s’exacerbe après 2012 devient un facteur structurant de sa politique étrangère. Pékin est le premier partenaire commercial de l’Afrique depuis 2009 et son influence politique sur le continent s’étend à mesure qu’il déroule ses Nouvelles routes de la soie dès 2013. Dans ce contexte, le Japon cherche à regagner du terrain face à la Chine en proposant une alternative, notamment à travers sa vision pour « un Indo-Pacifique libre et ouvert ».

En 2020, les objectifs de Tokyo en termes d’investissements en Afrique ne semblent toutefois pas avoir été tenus et on observe un écart important entre le discours politique et la réalité du terrain. Bien que des progrès soient enregistrés, les entreprises japonaises restent très réticentes à investir sur un continent dont elles connaissent mal les problématiques et qui leur semble lointain et dangereux. L’approche quelque peu dirigiste du gouvernement à l’égard des entreprises semble donc trouver ses limites sur le terrain africain. Dans ces conditions, le discours sur la rivalité avec la Chine semble également difficile à incarner.
Le sommet de la TICAD VII (2019), en mettant en évidence les difficultés du gouvernement japonais à mobiliser un grand volume d’investissements privés en Afrique sur une période courte, pourrait marquer la fin d’un cycle. La déclinaison sur le terrain africain de la stratégie gouvernementale en matière de diplomatie économique (dans ses dimensions commerciales et géopolitiques) d’abord destinée à l’Asie, a donc montré ses limites. En particulier, le discours politique a eu tendance à placer la coopération nippo-africaine dans le cadre de la rivalité stratégique entre le Japon et la Chine, qui n’est pas de même nature en Afrique qu’en Asie. Ce discours a créé des attentes et a déformé la réalité de la coopération japonaise en Afrique, qui s’établit sur une base prudente et dans une stratégie de long terme.

Le Japon pourrait donc revenir à une approche plus pragmatique, en renonçant à des annonces ambitieuses mais en se concentrant plutôt sur des mesures permettant de construire sur le plus long terme une base d’investissements solide en Afrique.

RELATED CONTENT

  • September 16, 2026
    Much of Western debate was revealingly silent on the Shanghai Cooperation Organization (SCO) summit, which took place on August 31 and September 1 in Bishkek, Kyrgyzstan. That relative silence reflects how poorly the organization’s growing significance is still understood. The meeting has not gone unreported. Any gathering of Xi Jinping, Narendra Modi, and Vladimir Putin inevitably attracts&nbs ...
  • Authors
    Joana Ama Osei-Tutu
    September 12, 2026
    The author of this opinion, Joana Ama Osei-Tutu, is a 2017 alumna of the Atlantic Dialogues Emerging Leaders Program.South-South cooperation (SSC) is often presented as an alternative to the hierarchical relationships that have historically characterized international development. In principle, SSC means Global South countries learn from one another, share expertise and resources, and develop solutions grounded in their own experiences, rather than importing models designe ...
  • August 3, 2026
    This policy paper explores how China’s economic development model—rooted in pragmatism, long-term planning, and civilizational renewal—has become its most compelling soft power asset, particularly in the eyes of the Global South. While critically engaging with Joseph Nye’s original conception of soft power as a primarily cultural and normative force, the paper argues that China’s ability to transform itself from an impoverished postimperial state into the world’s largest trading nat ...
  • Authors
    July 14, 2026
    Avec la capitale Pékin comme acteur principal de la politique étrangère chinoise, l’engagement de la Chine en Afrique ne peut plus être appréhendé à travers le seul prisme de l’État central. Suite aux réformes de décentralisation engagées en 1978, les gouvernements provinciaux de l’Empire du Milieu jouent un rôle de plus en plus visible et structurant, en s’affirmant en tant qu’acteurs à part entière de la coopération internationale. Ils interviennent, entre autres domaines, dans le ...
  • July 10, 2026
    For much of the post-war period, the Global South was framed as an object of history, defined by dependency, constrained by structural asymmetries, and confined to the margins of global decision-making. That narrative, once empirically grounded, is now no longer adequate. A profound yet uneven transformation is underway. The Global South is no longer only reacting; it is increasingly shaping rules, institutions, and narratives.This Policy Brief argues that the Global South is thus t ...
  • June 22, 2026
    History devotes considerable attention to the rise and fall of great powers. Scholars have spent centuries analyzing why empires collapse, why nations decline, and why dominant states eventually lose their position. By comparison, relatively little attention has been devoted to a different question: what happens when a country succeeds beyond its own expectations? ...
  • November 18, 2025
    The meeting between Donald Trump and Xi Jinping in Busan, South Korea, was more than an exercise in diplomacy. It was an emblematic performance of a world in transformation. Behind the formalities, the cameras, and the studied smiles lay an unspoken recognition: the world is no longer unipolar. The era of American supremacy, sustained for decades through its economic reach, military presence, and ideological projection, is giving way to a more diffuse, multipolar reality. ...
  • October 23, 2025
    Depuis 2016, le Policy Center for the New South et le Centre de Géopolitique de l’école HEC Paris organisent chaque année deux éditions des « Dialogues Stratégiques ». Cette plateforme d’analyse et d’échange réunit des experts, des chercheurs provenant de différents think-tanks et du mo...
  • July 25, 2025
    This episode explores the evolving relationship between India and Africa, with guest Mr. Mishra from the Manohar Parrikar Institute for African Studies. From historical ties to emerging s ...