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Claudia Goldin: Prix Nobel d'Économie 2023
October 11, 2023

Une historienne qui s'intéresse à l'économie, une économiste qui s'intéresse à l'histoire.

 

Le 9 octobre 2023, l'Académie suédoise a nominé une femme, Professeure à l'Université d'Harvard, Claudia Goldin, spécialiste du travail et de l'histoire économique. Nominée, comme le précise l'Académie, pour « avoir fait progresser la compréhension de la situation des femmes sur le marché du travail  ». Deux femmes, seulement, depuis la création du Prix Nobel de l’Économie, en ont été lauréates avant Claudia Goldin: l'américaine Elinor Osrom et la franco-américaine Esther Duflo en 2019.

La reconnaissance des pairs

Pas nécessairement la plus connue des médias, Claudia Goldin est en revanche une économiste reconnue par ses pairs. En 1972, elle termine son doctorat à l'Université de Chicago, avec comme  directeur de thèse un spécialiste d'histoire économique, le Professeur Robert Fogel, vingt et un ans plus tard distingué, lui aussi, par les Nobels, avec un Prix partagé avec Douglas North.

Goldin commence alors une carrière d'enseignante dans plusieurs universités prestigieuses, dont celle de Princeton, avant de rejoindre Harvard en 1990. Elle est alors la première femme titulaire au département d 'économie d'Harvard. Par la suite, elle présidera aux destinées de cette prestigieuse université. Présidente de l'« American Economic Association » durant les années 2013/2014, elle sera également membre de la « National Academy of Sciences » et membre de la société d'économétrie dès 1991.

Lauréate de très nombreux Prix, elle devient la spécialiste de l'« économie du genre » et  de l'inégalité des hommes et des femmes sur le marché du travail. En 2005, elle reçoit le « Prix Carolyn Shaw Bell », en 2008 le « Prix Hawkins », en 2009 le « prix Richard A . Lester. En 2016, elle est la lauréate du seul Prix attribué exclusivement aux économistes du travail, le Prix IZA, pour ses recherches, de longue date, sur l'histoire économique des femmes sur le marché du travail. Prix que certains n'hésitent pas à qualifier de « Prix Nobel d'économie du travail ». Et en 2019, elle reçoit le prix « Frontiers in knowledge » de la fondation BBVA pour « pionning analysis of the gender gap ». Ces deux derniers Prix expliquent sans doute pourquoi, avant d'être lauréate, elle avait déjà été pressentie, sans succès, pour cette prestigieuse distinction.

Auteure prolifique

Parmi ses très nombreuses publications, neuf ouvrages, dont un co-écrit avec son mari, Professeur d'économie, comme elle, à Harvard. Mais parmi ces neuf ouvrages, quatre nous semblent particulièrement en phase avec les raisons évoquées par le jury de l'Académie.

* « Understanding the Gender gap: the  Economic History of American Women », Oxford University Press.1990.( Une référence sur le sujet).

* « The Race  between Education and Technology  ». NBER ed. 2008.

* « Working longer :increased Employment  at Older  Ages » (Co-écrit avec son  mari Laurent F . Katz). Harvard Press University. 2018. 

* « Career and family/ Women's Century long journey  toward Equity ». Princeton University Press. 2021 (Un ouvrage de synthèse et de référence).

 

Avant de se fixer sur son domaine de prédilection, C. Goldin va se passionner tout d'abord pour l'archéologie, puis pour la microbiologie, en découvrant l'usage que l'on peut faire du microscope pour percer le secret des bactéries. Sa rencontre avec le Professeur Alfred Kahn, via un cours sur l'organisation industrielle, va définitivement la conduire à  choisir l'économie, et l'approche historique de l'économie. Ses différents travaux, à partir de données puisées dans les archives des bibliothèques universitaires américaines, remontent plus de deux siècles en arrière dans l'histoire des États-Unis. Ce qui va lui permettre, à partir de l'analyse de ces données, de mettre en évidence les principaux facteurs de différenciation, entre les hommes et les femmes sur le marché du travail. Comme le soulignera le jury de l'Académie, ces travaux montrent comment et pourquoi les différences de revenus et de taux d'emploi entre les hommes et les femmes ont évolué au cours du temps.

Une carrière en réponse aux inégalités entre les hommes et les femmes

Avant ces travaux, on considérait qu'une grande partie de l'écart de revenu entre hommes et femmes pouvait historiquement s'expliquer par des différences dans l'éducation et/ou des choix personnels. Les travaux de Claudia Goldin vont montrer aussi qu'au cours des dernières décennies, dans les pays à haut revenu, les femmes ont été de plus en plus nombreuses à étudier et à se former, atteignant souvent dans ces pays un niveau d'éducation supérieur à celui des hommes. Enfin, autre constat particulièrement intéressant et d'actualité, celui que cette différenciation de revenu concerne aujourd'hui des hommes et des femmes exerçant la même profession, survenant en grande partie après la naissance d'un premier enfant. Des travaux qui font débat dans les économies occidentales, particulièrement concernées par cette inégalité salariale. Comme on peut le constater,  les travaux de Goldin s'efforcent d'expliquer et de répondre à un fait de société  qui fait débat aujourd'hui dans les sociétés occidentales : celui des inégalités entre les hommes et les femmes. Pas étonnant alors que les travaux de la nouvelle Prix Nobel de l’Économie aient séduit l'Académie suédoise. Claudia Goldin est la référence en la matière. Peu importe alors de savoir si le jury a couronné une historienne qui s'intéresse à l'économie ou une économiste qui s'intéresse à l'histoire. Pour être capable de recueillir et d'analyser deux siècles de données, il fallait être à la fois historienne et économiste. C’est ce qu'a fort probablement voulu  saluer l'Académie des Nobels.

 

 

 

 

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