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“MED Dialogues” 2018: Quel système international pour notre monde ?

Youssef Tobi | Posted : December 03, 2018

Pour leur 4ème édition, tenue du 22 au 24 novembre 2018 à Rome, en Italie, pays initiateur de l’événement, les Dialogues méditerranéens (Med Dialogues) ont réuni une pléiade d’acteurs de la scène internationale : Ministres, dirigeants d’Organisations internationales, diplomates, académiciens, hommes d’affaires…

Ce forum permet de confronter les points de vue d’experts et de décideurs de divers horizons sur les sujets et les enjeux phares de la région.

Lors de cette édition, un intérêt marqué a été porté au Moyen-Orient, eu égard aux évolutions qu’a connues la région au cours de ces dernières semaines, mais aussi de l’importance stratégique qu’elle revêt pour l’Italie. En filigrane des différentes sessions, une polarisation accentuée en terme d’école des relations internationales émerge avec des dissensions avérées en terme de gestion des affaires internationales entre différentes puissances. On remarque aussi, un refus d’adresser l’éléphant dans la pièce : l’affaiblissement du multilatéralisme. En effet, à l’heure où les Etats-Unis et la Chine s’engagent dans une guerre commerciale, qui pourrait affecter l’ensemble de la communauté internationale, et qu’on remarque la fragmentation des alliances entre l’Europe et ses partenaires traditionnels, le système international, tel que nous l’avons connu après la Seconde guerre mondiale, semble fortement remis en question. 

Vers la fin du multilatéralisme ? 

Historiquement, le multilatéralisme politique fut symbolisé par la création de la Société Des Nations (SDN) qui, plus tard, deviendra l’Organisation des Nations-Unies (ONU). Au sein de l’anarchie internationale post-Seconde guerre mondiale, cette organisation était la consécration de l’idée d’intérêt commun et de mise en place de stratégies coopératives comme base de l’ordre international. Or, cet ordre international dit « interétatique » se confronte, dès sa genèse, à un duel entre deux superpuissances, laissant peu de place à un système de décision collégiale. 

La fin de la Guerre froide ne marquera pas le changement de cette tendance. Cette période consacrera l’hégémonie des Etats-Unis sur la scène internationale. En effet, l’intervention des Etats-Unis, via l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) au Kosovo, puis la décision unilatérale d’intervenir en Irak, ont fortement délégitimé l’ordre international et consacré le caractère non contraignant du droit international.

Le multilatéralisme, tel que nous l’avons connu jusqu’à lors, ne garantit pas l’égalité entre Etats. Au contraire, il appuie la notion d’inégalité, en terme de puissance (Traité de non-prolifération nucléaire qui divise les Etats entre puissances nucléaires, Etats non signataires et Etats non possesseurs), et en terme de pouvoir de décision (le Conseil de sécurité se compose de 15 membres dont 5 disposent du droit de veto). 

L’apparition de nouvelles puissances émergentes remet en question cette prééminence de l’Occident dans l’ordre international. En effet, la décision de la Chine de soutenir le maintien de l’accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) est un des exemples de la remise en question du leadership mondial des Etats-Unis d’Amérique. 

Au-delà des intérêts géostratégiques, ces puissances plaident pour un ordre international nouveau, notamment la Russie. Lors de sa participation aux travaux de ce forum, le ministre des Affaires étrangères russe a remis en question le leadership américain sur la scène internationale en soulignant que : « la vie internationale ne peut être ajustée seulement par les idées et les politiques de ceux qui vivent seulement sous le prisme de leur vie électorale domestique » .

En somme, le multilatéralisme a permis l’émergence de néo-plateforme de dialogues et l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène internationale. Néanmoins, ce concept résiste peu à la réalité de la soumission des institutions internationales à la volonté des Etats et, donc, des Etats les plus forts. Par ailleurs, ce multilatéralisme est porteur des valeurs de ceux qui en sont les principaux acteurs. Dominé par l’Occident, cet ordre international fait la part belle aux droits de l’Homme et à la démocratie, parfois à tort, en justifiant à travers ces valeurs morales des interventions étrangères souvent chaotiques. 

La fin de l’ordre occidental ? 

Les régimes post ‘’Printemps arabe’’ semblent tous prouver la fin de l’humanitarisme des grandes puissances occidentales. Que ce soit en Egypte, en Libye ou en Syrie, l’Europe et les Etats-Unis semblent accepter l’idée de la prise de pouvoir d’homme forts, souvent anti-démocratie et peu respectueux des droits de l’Homme. Cela semble paradoxal quand on sait que les interventions occidentales en Syrie et en Libye furent justifiées par la nécessité de l’instauration de régimes démocratiques respectueux des droits de l’homme. 

De plus, l’axe Europe-Etats-Unis se fragmente peu à peu avec des appels de plus en plus nombreux en Europeà se détacher de l’alignement quasi-systématique envers les Etats-Unis en terme de politique internationale. Pour preuve, le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas, a déclaré récemment : « L’Europe doit répondre à l’agenda protectionniste et unilatéraliste de "l’America First" de Trump par "l’Europe Unie" » . D’autre part, les Etats-Unis de Donald Trump appellent l’Union européenne (UE) à financer sa propre sécurité en remettant en question l’apport américain à l’OTAN. Ces dissensions ont ravivé les tensions entre alliés. Le président français, Emmanuel Macron, en proposant la mise en place d’une armée européenne a provoqué l’ire du président américain.  Dans une série de tweets véhéments, il avance que la création de cette armée a pour but de : « se protéger contre les Etats-Unis, la Chine et la Russie » avant d’ajouter, après une attaque frontale visant la France : « Payer pour l’Otan ou rien ! » . Autre argument, l’épicentre des relations internationales se déplace vers l’Est, avec une Chine très active sur la scène internationale. Grâce à une manne financière considérable et à une diplomatie non idéologique, la Chine s’implante partout dans le monde et concurrence les puissances occidentales sur tous les terrains stratégiques. In fine, l’élection de Donald Trump, ainsi que le chaos engendré par les interventions militaires au Moyen-Orient ont affaibli l’alliance Europe-Etats-Unis. Par ailleurs, la puissance économique de la Chine et les victoires diplomatiques de la Russie remettent un peu plus en question l’hégémonie occidentale sur la scène internationale. 

Conclusion : Vers la redéfinition d’un nouvel ordre international 

La redéfinition d’un nouvel ordre international est dans l’école réaliste la redéfinition des rapports de force entre Etats. 

La capacité des Etats occidentaux à réinventer leurs approches et à parvenir au compromis est le défi principal afin de conserver le leadership mondial. L’histoire a prouvé que l’Axe des alliés est solide et est capable de sortir des crises, il reste à savoir si l’Europe demeurera unie à l’aune du Brexit et si elle demeurera dans le giron des Etats-Unis, malgré les dissensions au niveau du rapport avec la Russie, la Chine et l’Iran.

D’autre part, la multiplication des puissances concurrentes à même de proposer un autre modèle d’ordre international met les puissances occidentales, jusque-là incontestées, devant leurs contradictions et leur impose de nouvelles façons de penser.  A titre de parallèle historique et de conclusion ouverte, un récit de Thucydide, vieux de 2500 ans, traduit les enjeux de la confrontation entre puissances démocratiques et nouvelle puissances autoritaires : Athènes est une puissante cité gouvernée de façon démocratique, ses visées hégémoniques l'entraînent au conflit avec Sparte, une cité plus modeste et de nature oligarchique, qui tire sa réputation de la discipline de son armée. La guerre conduit à une reconfiguration des alliances avec, d'un côté, les cités oligarchiques et, de l'autre, les cités démocratiques. Mais, elle réactive aussi les rivalités politiques au sein même des cités. Athènes connaît en 411 [av. J.-C.] un coup d'État oligarchique encouragé par Sparte.

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